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L’esprit des journaux (extrait)

Posté par Luc le 2 juin 2009

        lespritdesjournaux.jpg
Voici l'extrait d'un mensuel datant de 1809. Celui-ci passait en revue l'actualité des périodiques traitant d'art, de médecine, de philosophie etc. Il s'agit donc ici de la  présentation d'un journal d'époque consacré à la guitare. Le texte qui en est extrait ci-dessous est strictement identique à l'original, orthographe compris.
_______________________________

          Journal de Musique étrangère, pour la guitare ou lyre, rédigé par Castro. On s'abonne à Paris , chez l'auteur , rue de Provence , n°. 14 , pour 36 fr. pour six mois. Les 12 premiers numéros ont déjà paru.
            Chaque numéro de ce journal sera composé de trois morceaux , dont un de chant espagnol , un de chant italien , et un pour l'instrument. Il paraîtra tous les mois deux cahiers.

          On peut regarder la guitare comme le premier auxiliaire du chant, et comme le plus ancien instrument de musique depuis l'invention de la voix humaine. Elle appartient également à tous les temps et à tous les pays ; c'est toujours elle que nous voyons sous des noms différens, et sous des formes variées dans les mains d'Isis et de Melpomène, d'Orphée , de Linus, d'Amphion , d'Anacréon , d'Horace , etc. Le théorbe, la mandoline, ne sont, l'un qu'une très-grande , l'autre qu'une très-petite guitare ; le sistre a été autrefois la guitare égyptienne; à présent c'est la guitare allemande. La lyre , cet instrument cornu, comme on le voit partout, quelquefois même biscornu entre de certaines mains, n'est que la guitare poétique. Ce sont autant d'enfans d'une même famille dont la guitare , proprement dite, est la mère commune. On en peut juger par le nom grec de kittara qui est à la guitare ce que musa est à la muse , et par le nom latin de cithara, qui est exactement le même qu'en grec; car nous sommes bien sûrs que parmi nos abonnés et même nos abonnées , il n'y a personne qui ne sache que le c des latins est le représentant du k des grecs, et que kittara, et que cithara se prononçait chez les dames grecques et romaines, à-peu-près comme nos dames françaises prononçait guitare à Paris.

          On ne sait trop à qui adjuger l'invention de la guitare. Entre les dieux , est-ce l'antique Isis que nous voyons par-tout un sistre ou une guitare à la main? Est-ce Jupiter qui a voulu, si nous en croyons Horace, en joindre une à la brillante vois de sa fille Melpomène ?

Cui liquidam pater
Vocem cum citharâ dedit
(i)

          L'histoire parle ensuite de trois célèbres virtuoses sur l'instrument en question, dont chacun a passé pour l'avoir Inventé, Orphée, Linus et Amphion. On ne sait rien de positif sur Linus, mais les deux autres paraissent avoir fait ce qu'on peut appeller des prodiges. L'un a su entraîner à sa suite les animaux des forêts , l'autre a bâti une grande ville, tous les deux au son de leur guitare; et il faut convenir que c'est tirer un grand parti de l'instrument. D'après ces faits, en les supposant bien constatés, il paraît que l'avantage est du côté d'Amphion, car c'est le seul qu'on sache qui ait fait danser des pierres, au lieu que le miracle d'Orphée s'est réduit à faire danser des ours, ce qui n'est pas absolument sans exemple. Mais si à présent il fallait se décider entre l'Amphion grec et un certain Amphion espagnol appellé vulgairement monsieur Castro , nous en sommes fâchés pour le fondateur de Thèbes, mais il n'aurait que l'accessit, parce que nous avons entendu dernièrement M. Castro. Nous ne pouvons juger Amphion que sur la périlleuse parole des poëtes , au lieu que nous jugeons M. Castro sur celle de sa guitare; et certainement le véritable Amphion est celui qui nous enchante , comme le véritable Amphytrion celui chez qui l'on dîne.

          La guitare a éprouvé ses petites révolutions comme toutes les choses d'ici bas: elle n'avait d'abord que quatre cordes, qui, pendant l'âge d'or et les temps héroïques , ont suffi pour faire plaisir à tout le monde. Therpandre crut bien faire d'y en ajouter trois ; il se proposait d'en jouer ainsi aux olympiques, et se promettait le triomphe le plut éclatant ; mais il avait des rivaux qui peut-être étaient eux-mêmes de très-grands artistes, comme cela pourrait arriver à M. Castro. Il est cité devant les juges; ces juges étaient des Lacédémoniens, gens très ponctuels et même un peu pédans , qui décidèrent que les trois nouvelles cordes n'étaient pas de jeu, et les coupèrent sans pitié. Au reste , la cabale en fut cette fois pour ses peines. Therpandre , tout désapointé, tout dégréé qu'il était, n'en sortit pas moins vainqueur du combat, et ce qu'on avait retranché de sa guitare fut autant d'ajouté à sa gloire. Simonide, après Therpandre, y joignit une huitième corde; mais l'histoire ne parle pas de l'effet que cette huitième corde a produit. Après Simonide, le premier musicien , le maître de chapelle, d'Alexandre-le-Grand, Thimothée , qui avait le secret d'exciter à son gré les passions de son maître, et le secret plus désirable de les calmer, voulut égaler le nombre des cordes de sa guitare au nombre des Muses. Quant à la guitare de M. Castro. nous croyons qu'elle n'a pas plus de cordes que celle de Therpandre; mais quand ses rivaux, s'il en a, lui joueraient le même tour qu'au musicien grec , nous oserions encore lui prédire le même triomphe.

          La guitare a dans son histoire des époques très-glorieuses. Deux grands monarques, François 1er. et Louis XIV, lui ont fait l'honneur d'en jouer; mais quoiqu'ils aient été sûrement bien applaudis, nous n'oserions pas répondre qu'ils en jouassent avec autant de goût que M. Castro: ils avaient été devancés par le roi David qui, n'en déplaise aux peintres et aux graveurs, n'a point joué de la harpe en dansant devant l'arche; car ce serait à- peu-près comme sonner les cloches et aller à la procession. Ce n'est point une (VOIR (ii)) si nous nous en souvenons, que les septante lui donnent, mais une kidaga, c'est-à-dire , une guitare , et divers passages tant des pseaumes que des cantiques, nous prouvent qu'elle était fort employée dans les cérémonies religieuses de Jérusalem. Pourquoi ne figure-t-elle pas de même dans nos solennités? C'est peut- être parce que l'usage un peu profane que les Espagnols, tout dévots qu'ils sont, ne laissent pas d'en faire tous les soirs, lui aura fermé l'accès des lieux saints; et, en effet, nous serions tous presqu'aussi étonnés de voir aujourd'hui une guitare dans une église que d'entendre à minuit un serpent de paroisse jouer une séguédille sous un balcon.

          Malgré cette espèce d'excommunication, la guitare sera toujours la bien venue dans la meilleure compagnie; et ce seront les goûts les plus délicats qui en sentiront le mieux tous les charmes. D'autant plus aimable qu'elle est moins ambitieuse , elle semble respecter les autres instrumens dans les concerts, et se taire devant eux ; son moment est-il arrivé, elle fait oublier (au moins dans les mains de Castro) tout ce qui l'a précédé. Se trouve-t-elle entre des mains moins savantes, ce qui est fort aisé à supposer; elle plaît moins sans doute, mais elle plaît encore, et du moins elle n'ennuie pas. Les plus petits appartemens lui conviennent de préférence; elle n'y fait jamais plus de bruit qu'on ne lui en demande , et joue avec la voix la moins forte le rôle d'une amie modeste, toujours attentive à faire briller son amie sans prétendre à détourner sur soi l'attention; et où trouve-t-on de ces amies- là? Dans le tête-à-tête même, c'est de tous les tiers le moins importun , le plus discret; elle ne se mêle de la conversation que pour l'animer, pour la rendre plus touchante, pour essayer d'exprimer encore ce qu'on craint de n'avoir pas fait assez comprendre, pour ajouter à ce que l'un dit , pour suppléer à ce que, l'autre ne dit pas.

          Etes-vous seul ? Etes-vous seule ? Elle vous entretient de ce qui vous occupe, elle a des tons brillans pour votre joie, elle en a de mélancoliques pour votre chagrin ; elle se met en quelque sorte à l'unisson de vos nerfs, en accord avec votre pensée. Joignez à cela que, de tous les instrumens connus, c'est le plus facile pour les commençans; que les premiers sons qu'on tire de celui-ci ont déjà quelque chose de flatteur; ce qu'on ne peut pas dire à beaucoup près de tous les autres; enfin, que vous dirons-nous? en n'en jouant que médiocrement, vous êtes déjà sûr de vous faire plaisir à vous-mêmes: mais, croyez nous, tâchez d'en jouer comme Castro, et vous ferez plaisir à tout le monde.

          Notre Amphion ne se borne pas à jouer de la guitare mieux que tout ce que nous avons entendu jusqu'ici, au rapport de quelques vrais connaisseurs qui ne manquent pas un concert; il compose aussi bien qu'il joue, et il improvise comme il compose. La tête vaut la main, consilio manuque. Nous verrons tous les mois de nouveaux morceaux de sa façon , ajustés au goût et en quelque sorte à la physionomie de la guitare; car pour la montrer à son avantage il faut savoir ce qui lui sied. La musique , en général, est un idiôme commun à tous, mais dont chacun affecte un dialecte particulier que les autres parleraient avec moins de grace et de facilité ; le dialecte de la guitare paraît être la langue maternelle de M. Castro.

          A ces nouvelles compositions, l'auteur a dessein de joindre différentes chansons en langues étrangères, et particulièrement espagnole, avec leurs traductions littérales; et ce sera une occasion ton-; jours renaissante pour beaucoup de souscripteurs de se familiariser de plus en plus avec l'idiome, l'esprit, la galanterie, la naïveté, la gaîté de cette nation intéressante que nous n'avons point assez connue, tant qu'il y a eu des Pyrénées.

Boufflers

(i) Horace, Ode I, 24; Traduction: à qui ton père a donné une voix harmonieuse à la cithare.

(ii)
Ce mot m'est apparu comme illisible, c'est pourquoi j'ai inséré l'image de sa typographie telle qu'elle était fournie dans la revue. Si toutefois un aimable lecteur avait une idée de ce mot, qu'il n'hésite pas à m'en faire part.
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